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DICOPSY.com : dictionnaire de psychologie

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PATIENT


Le terme "patient" provient du latin patiens qui signifie "qui supporte, endure". On le retrouve au XIVe siècle en langue française, où il désigne les malades et aussi au 17e siècle, où il désigne les condamnés au supplice.1
Si personne ne conteste le bien-fondé de ce terme pour désigner les clients de la médecine générale ou de la chirurgie, un problème apparaît dès lors qu'il est utilisé pour désigner les sujets traités pour des difficultés d'ordre mental. Ces difficultés sont de quatre ordres :
  • Nonobstant l'étymologie même du terme, le mot patient est désormais associé dans le langage courant au mot "malade", dont il est un synonyme possible2. Or, le mot "malade" renvoie à son tour au mot "maladie" qui désigne une altération de la santé3 chez les hommes et implique l'existence d'un agent causal, tel qu'un virus ou une bactérie*. Ce sont ces agents causals, ou "témoins fiables" qui justifient le recours à des médicaments. Mais comme le dit le psychiatre Patrick Landman, "dans le champ des maladies mentales, il n'existe pas de témoin fiable puisque l'étiologie est inconnue"4. Le terme "patient" tel qu'utilisé dans le sens courant n'a donc pas de raison d'être en psychiatrie.
  • Quand bien même userions-nous du terme "patient" pour désigner les usagers des méthodes psychiatriques, cela serait encore maladroit. Cette fois en raison de l'étymologie même du terme. En effet, si le terme "patient" renvoie à la notion d'endurance et tout simplement à celle de "patience", il implique alors la durée dans le temps du traitement. Or, les difficultés psychologiques peuvent souvent être traitées en peu de temps, en raison de leur nature subjective. C'est là l'objet des thérapies dites brèves.
  • Plus encore, le terme "patient" impliquant la notion de maladie, il est donc orienté vers la détection de problèmes et non vers la détection de solutions. Les thérapies usant de ce mot pour qualifier leurs usagers ne sont donc pas "orientées solutions". Elles sont donc erronées dans leur énonciation théorique.
  • Si l'étymologie du mot "patient" renvoie à la notion d'endurance, nous sommes donc dans le champ lexical de la vertu. Or, la prescription de médicaments aux "patients" psychiatriques va à l'encontre de la pratique de celles-ci, puisqu'elle semble les rendre inutiles.
S'il ne s'agit de maladresse, le terme "patient" utilisé dans le champ de psychothérapie participe donc d'une logique médicaliste qui fait suspecter la volonté sous-jacente de prescrire coûte que coûte des médicaments, à des fins pécuniaires. Quoiqu'il puisse aussi s'agir d'une volonté des praticiens de parer leurs méthodes d'une aura scientifique, par ailleurs nécessaire pour les prescriptions médicamenteuses.
Il faut encore remarquer que le terme "patient" utilisé en psychiatrie s'inscrit dans le champ de la "santé mentale", expression également malheureuse, sinon pernicieuse.
Dans le cadre de la psychothérapie au sens large, l'utilisation neutre du mot "client" est donc préférable.

Cas où le terme "patient" est adéquat :
  • En cas de maladies organiques, comme celles dites "dégénératives" (par exemple la maladie de Parkinson) : elles nécessitent des soins sur le long terme et le sujet n'a pas réellement le choix d'y souscrire ou non.
  • Cas des individus privés de leur liberté suite à une décision juridique et qui ne peuvent donc être considérés comme libres clients des soins qu'ils sont contraints de recevoir.
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Bibliographie :

Pages liées : médicalisme, santé mentale, essais randomisés en double aveugle, joie, somatiste, viol psychiatrique
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