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MYTHE
Soumis par Dicopsy, 18 nov. 2010 07 16 | Dernière mise à jour 24 janv. 2012 25 10 | Vu depuis le 01/08/2010 : 1036 fois.
Définition : Récit d’évènements fictifs prenant place au niveau des croyances spirituelles. Le mythe contribue à organiser la société autour de valeurs communes.Ci-dessous, la définition d’un mythe selon l’ouvrage “Fils de la Veuve” de Jean-Claude Lozac’hmeur. Qu'est-ce qu'un mythe ? Du fait de l'intense travail scientifique des trois derniers siècles sur le sujet, il n'est pas trop aisé de trouver une définition qui fasse l'unanimité. Trop d'hypothèses ont été avancées (1). Simples « absurdités » ou « chimères » pour Bayle (1647-1706) et Fontenelle (1657-1757), les mythes ont été successivement interprétés comme des allégories de la Nature (2), des reflets d'évènements historiques (3) ou du cycle des saisons (4). On y a vu aussi l'expression symbolique de l'idéal chez l'homme primitif (5), des reflets des faits sociaux (6) ou encore de la psyché soit individuelle (7) soit collective (8). Qu'un mythe soit un peu tout cela à la fois, c'est possible, mais selon nous, l'essentiel est ailleurs. La définition de Mircea Eliade nous semble préférable : « Le mythe, écrit-il, raconte une histoire sacrée ; il relate un événement qui a eu lieu dans le temps primitif des commencements ». Bien plus juste encore est la conception de René Guénon (9) : Elle a le double mérite d'aller à l'essentiel et d'être confirmée, comme on le verra, par les faits. Soulignant les liens qui existent entre mythe et symbole, il écrit : « La distinction qu'on a voulu parfois établir [entre les deux] n'est pas fondée en réalité : Pour certains, tandis que le mythe est un récit présentant un autre sens que celui que les mots qui le composent expriment directement et littéralement, le symbole serait essentiellement une représentation figurative de certaines idées par un schéma géométrique ou par un dessin quelconque ; le symbole serait donc proprement un mode graphique d'expression, et le mythe un mode verbal... Il y a là, en ce qui concerne la signification donnée au symbole, une restriction tout à fait inacceptable, car toute image qui est prise pour représenter une idée, pour l'exprimer ou la suggérer d'une façon quelconque et à quelque degré que ce soit, est par là même un signe ou, ce qui revient au même, un symbole de cette idée ; peu importe qu'il s'agisse d'une image visuelle ou de toute autre sorte d'image, car cela n'introduit ici aucune différence essentielle et ne change absolument rien au principe même du symbolisme. Celui-ci, dans tous les cas, se base toujours sur un rapport d'analogie ou de correspondance entre l'idée qu'il s'agit d'exprimer et l'image, graphique, verbale ou autre, par laquelle on l'exprime... Ayant ainsi rappelé le principe du symbolisme, nous voyons que celui-ci est évidemment susceptible d'une multitude de modalités diverses ; le mythe n'en est qu'un simple cas particulier, constituant une de ces modalités ; on pourrait dire que le symbole est le genre, et que le mythe en est une des espèces. En d'autres termes, on peut envisager un récit symbolique, aussi bien et au même titre qu'un dessin symbolique ou que beaucoup d'autres choses encore qui ont le même caractère et qui jouent le même rôle ; les mythes sont des récits symboliques, de même que les « paraboles », qui, au fond, n'en diffèrent pas essentiellement (nous soulignons) ; il ne nous semble pas qu'il y ait là quelque chose qui puisse donner lieu à la moindre difficulté, dès lors qu'on a bien compris la notion générale et fondamentale du symbolisme ». Nous avons dit que la définition de René Guénon (10) était confirmée par les faits. Remarquons d'abord qu'elle recoupe très exactement celle que donnaient du mythe des philosophes de l'Antiquité. Ainsi, l'empereur Julien l'Apostat (331-363), parlant de l'initiation et des mystères en général, écrivait : « La nature aime à demeurer cachée et ne supporte pas que ce qui est caché de l'essence des dieux tombe, avec des paroles nues, dans des oreilles impures... Je pense que cela [l'occultation des secrets relatifs aux dieux] se produit souvent par l'intermédiaire des mythes lorsqu'ils sont versés avec la mise en scène qui leur est propre, dans les oreilles de la multitude qui ne peut pas recevoir les vérités divines dans leur parfaite pureté » (11). Et de préciser : « En effet, c'est l'élément absurde dans les mythes qui nous conduit à la vérité : Plus l'énigme est extraordinaire et prodigieuse, plus elle semble nous signifier de ne pas nous en tenir au sens littéral, mais de rechercher au contraire assidûment ce qui est caché » (12). Le philosophe Saloustios, contemporain de Julien, dans son traité Des dieux et du monde reprend l'idée en termes presque identiques : « Mais pourquoi divins sont les mythes, c'est la philosophie qui doit le rechercher. Eh bien donc, puisque tous les êtres mettent leur joie en qui leur ressemble et se détournent de qui leur est dissemblable, il fallait aussi que les enseignements relatifs aux Dieux ressemblassent à ceux-ci, afin qu'ils fussent dignes de leur essence et rendissent les Dieux favorables à ceux qui les dispensent , c'est ce que l'emploi des mythes permettait seul d'obtenir » (13). Et il conclut sur cet argument significatif : « Outre cela, vouloir enseigner à tous les hommes la vérité sur les Dieux produit le mépris chez les insensés, du fait de leur impuissance à comprendre, et l'incuriosité chez les gens appliqués ; voiler au contraire la vérité par des mythes ne laisse pas de place au mépris des uns, et force les autres à la philosophie » (14). Nous entendons déjà l'objection de certains mythologues : « Julien et Saloustios faisaient partie de ces interprètes allégorisants de l'Antiquité qui s'efforçaient de trouver sous la surface des mythes traditionnels des vérités profondes. René Guénon ne fait que reprendre leur thèse. Or on a de bonnes raisons de penser que les philosophes cités ici répondent aux attaques des apologistes chrétiens qui critiquaient le caractère immoral et absurde des mythes. Quelle meilleure parade que de leur supposer un sens caché qui n'a jamais existé ? ». L'objection semble de poids. Elle ne résiste pas au témoignage de l'Antiquité classique représentée ici par l'Ethique à Nicomaque d'Aristote (384-322), ouvrage dans lequel le philosophe traite de la responsabilité morale. Nous y apprenons qu'Eschyle (525-446) fut accusé d'avoir trahi le secret des Mystères dans une de ses oeuvres : « Par contre, l'ignorance peut porter sur l'acte comme, par exemple, quand on dit : « cela leur a échappé en parlant » ou « ils ne savaient pas qu'il s'agissait de choses secrètes », comme Eschyle le dit des Mystères » (15). Plus tard, dans ses Stromata, l'écrivain chrétien Clément d'Alexandrie (150-216), abordant le même sujet, devait faire allusion à l'incident : « Comment pourrait-on porter aussi un jugement sur ceux qui disent avoir commis une faute de façon involontaire? En effet, quelqu'un peut ne pas avoir conscience.... de l'acte qu'il commet, comme Eschyle : ayant révélé les mystères sur scène et étant jugé par l'Aréopage, il fut relaxé après avoir de cette façon prouvé qu'il n'était pas initié » (16). Clément d'Alexandrie n'avait apparemment pas lu son contemporain Elien (170-235) qui donne à l'affaire une conclusion différente : s'il faut en croire ce dernier, Eschyle fut acquitté non parce qu'il était innocent mais sur l'intervention de son frère, qui sut toucher les juges : « Eschyle le tragique était jugé pour impiété à cause d'une pièce de théâtre. Comme les Athéniens s'apprêtaient à le lapider, Ameinias son cadet, ayant enlevé son manteau, montra son avant-bras amputé de la main. Il s'était en effet distingué à Salamine (17) où il avait perdu une main, obtenant une décoration pour sa vaillance. Quand les juges virent la blessure de ce brave, ils se souvinrent de ses exploits et acquittèrent Eschyle » (18). Elien semble mieux informé que Clément d'Alexandrie. Mais l'essentiel est ailleurs. Peu importe au fond qu'Eschyle ait été déclaré innocent ou qu'il ait été gracié sur l'intervention d'Ameinias. L'essentiel c'est ceci : L'événement rapporté par Aristote s'étant produit au cinquième siècle avant l'ère chrétienne, l'objection que l'on oppose aux témoignages de Julien et de Saloustios n'est pas recevable. Il est évident en effet que pour les membres de l'Arépoage et pour Aristote lui-même certains mythes, que nous qualifierons « d'initiatiques », transmettaient et cachaient à la fois un enseignement secret auquel le peuple n'avait pas accès. Or le cas de la Grèce n'est pas unique. En Inde aussi, l'existence d'une tradition secrète paraît assurée : « C'est ce qu'indiquent les nombreuses expressions qui réunissent l'adverbe evam « ainsi » au verbe vid- « savoir » (« celui qui le sait ainsi », « celui qui sait ainsi », « l'ainsi sachant = l'initié) : face à l'ignorant, qui dort au lieu d'apprendre en récitant (Rigveda 5, 44, 13d), il y a non seulement celui qui sait pour avoir appris les textes par coeur, comme le fait le barde pour en composer de nouveaux selon la technique « orale-formulaire » décrite par Miman Parry, mais aussi celui qui en possède le sens caché, l'initié (19). La définition de René Guénon a donc pour elle le témoignage des textes (20). Les chapitres qui suivent montreront combien est précieuse la clé qu'elle fournit. Résumons-nous : un mythe au sens où nous l'entendons dans cette étude est un récit symbolique dans lequel « ce qu'on dit est autre chose que ce que l'on veut dire » (21). Pour permettre aux lecteurs de s'en faire une idée concrète, nous reproduirons La Parabole du Semeur telle qu'elle apparaît dans Saint Luc (VIII, 5-15). Nous avons choisi ce texte, non parce qu'il s'agit d'un mythe à proprement parler, mais parce qu'il comporte les deux niveaux de signification qui caractérisent le genre : « le semeur est sorti pour semer sa semence. Et comme il semait, une partie [du grain] est tombée au bord du chemin ; on l'a foulée aux pieds et les oiseaux du ciel ont tout mangé. Une autre est tombée sur le roc, et, après avoir poussé, elle s'est desséchée faute d'humidité. Une autre est tombée au milieu des épines, et poussant avec elle, les épines l'ont étouffée. Et une autre est tombée dans la bonne terre, a poussé et produit du fruit au centuple.» Et, ce disant, il s'écriait : « Entende, qui a des oreilles pour entendre.» Ses disciples lui demandaient ce que signifiait cette parabole. Il dit : A vous il a été donné de connaître les mystères du Royaume de Dieu, mais pour les autres, [tout est] en paraboles, afin qu'ils voient sans voir et entendent sans comprendre. Voici donc ce que signifie la parabole. La semence, c'est la parole de Dieu. Ceux qui sont au bord du chemin sont ceux qui ont entendu, puis vient le diable, qui enlève la Parole de leur coeur, de peur qu'ils ne croient et soient sauvés. Ceux qui sont sur le roc sont ceux qui accueillent la Parole avec joie quand ils l'ont entendue, et ceux-là n'ont pas de racines, ils ne croient que pour un moment et, au moment de la tentation, ils font défection. Ce qui est tombé dans les épines, ce sont ceux qui ont entendu, mais en chemin, les soucis, la richesse et les plaisirs de la vie les étouffent, et ils n' arrivent pas à maturité. Et ce qui est dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant entendu la Parole avec un coeur noble et généreux, la retiennent et portent du fruit par la constance » (22). Il est clair que les conditions sont remplies : le récit est à double sens et la doctrine qu'il véhicule, provisoirement cachée à la foule, n'est communiquée qu'à un petit nombre par le Maître. Un mythe n'est pas autre chose à ceci près que, traitant des rapports des hommes et des dieux, « il relate un événement qui a eu lieu dans le temps primitif des commencements ». (Mircea Eliade) 1. Voir Fritz Graf, Griechische Mythologie, München 1991, p.7 et suiv. 2. Adalbert Kühn (1812-1881) et Friedrich Max Müller (1823-1900). 3. Karl Otfried Müller (1797-1840). 4. J.W.E. Mannhardt (1831-1880) et James Frazer (1854-1940). 5. W.J. Schelling (1755-1854). 6. Emile Durkheim (1858-1917), Jane Ellen Harrison (1850-1928), George Dumézil (1898-1986). 7. Sigmund Freud (1856-1939). 8. Gustav Jung (1875-1961). 9. René Guénon, Aperçus sur l'Initiation, rééd, Paris, 1985, p. 121 et suiv. 10. René Guénon (1888-1951) : né à Blois, philosophe orientaliste qui se spécialisa dans l'étude des religions à mystères. "Il entra en contact avec des groupes occultistes : Ecole Hermétique de Papus, Eglise gnostisque et autres. Il rencontra également à cette époque des Maïtre hindous dont il ne révéla jamais les noms et fut initié au soufisme par le peintre suédois Ivan Aguéli. Reçu Maçon en 1907, et exclu des loges martinistes de Papus en 1909 après avoir fondé un "Ordre du Temple" rénové, il passa à la loge Thébah de la Grande Loge de France" (Daniel Ligou, Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie, P.U.F., Paris, 1987, p. 546). On comprend pourquoi nous accordons une telle importance à la pensée de René Guénon : C'est au Maçon qu'il est que nous empruntons la clé permettant de décrypter la symbolique maçonnique. 11. The works of the Emperor Julian with an English translation, by Wilmer Cave Wright, London and Harvard, 1959, II, p.103). Traduction française de Louis Prat. 12. Op. cit., p. 105. 13. Saloustios, Des dieux et du monde, texte établi et traduit par G. Rochefort, Les Belles Lettres, Paris, 1960, p.5. 14. Op. cit, p.6. 15. J. Tricot, Aristote, Ethique à Nicomaque, Nouvelle traduction, Vrin Paris, 1987, III, 2, p.125. 16. Traduction de Louis Prat (édit. Ludwig Früchtel, Stromata, Belin, 1960, p. 145). 17. Salamine : Bataille navale livrée en 480 avant J-C et au cours de laquelle Thémistocle, à la tête de la flotte grecque, remporta une victoire éclatante sur les Perses. 18. Elien, Histoires variées, V, 19. Il s'agit d'Elien le Sophiste, (170-325), écrivain romain qui enseigné la rhétorique et composa son oeuvre en grec. Il a laissé une Histoire des animaux et des Histoires variées, recueil d'anecdotes et de paroles mémorables. Nous traduisons. 19. Extrait d'une note sur le sujet communiquée par Jean Haudry, Directeur d'Etudes à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, IVe section. 20. Nous ne suivons pas René Guénon dans ses spéculations étymologiques relatives au mot grec muthos (op. cit., pp. 123-124). Nous nous en tenons sur ce point à l'opinion des spécialistes qui, faute d'éléments décisifs, refusent de se prononcer. 21. René Guénon, op. cit. P 124. 22. Ch ; Osty, J. Trinquet, Le Nouveau Testament, édi. Salvator, Paris, 1965. ©Dicopsy.com : pour utiliser cette définition, veuillez en indiquer la source.
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