Processus de construction, de diffusion, de maintien et de modification des modes de pensée d'un individu ou d'un groupe, lors d'interactions sociales.
Une situation sociale naît de la rencontre entre au moins deux entités sociales, au centre desquelles se trouve un objet appelé à subir les réactions nées de la relation sociale ainsi établie. Dans ce cadre, l'objet peut-être un jugement, un opinion, un comportement, une croyance, une attitude ou une évaluation, etc. L'influence sociale est à l'origine des normes imposées aux objets précédemment cités.
Il y a trois façons de mesurer l'influence :
[indent]- Par comparaison entre les réactions sous influence et celles sans influence.
- Par comparaison des réactions obtenues sous diverses conditions
d'influence.
- Par comparaison entre les réactions d'une entité sociale, avant la tentative d'influence et celles obtenues suite à l'action de celle-ci. [/indent]
Nous distinguerons les notions d'influences manifestes et latentes, nées de la distinction entre influence publique (par exemple une situation d'entretien) ou privée (un courrier anonyme), immédiate ou différée (selon que l'influence perdure ou non après l'interaction), directe ou indirecte (selon la précision de l'objet visé).
De là découlent trois types d'influence :
[indent]- L'influence véritable, lorsque l'on constate
des modifications réactionnelles aux niveaux manifestes et latents.
- L'influence de complaisance si le sujet ne modifie ses comportements que de façon manifeste et l'influence dîtes de conversion, si ses effets ne sont que latents. [/indent]
I/ L'effet Asch :
Solomon E. Asch (14/09/1907-20/02/1996) fit une expérience célèbre sur le conformisme :
Un sujet est placé au milieu d'un groupe de "compères". Une ligne étalon leur est présentée, ainsi que trois autres lignes de tailles différentes mais dont une a la même taille que la ligne étalon. Il est simplement demandé aux participants de déterminer quelle est cette dernière ligne.
Le sujet observé est amené à répondre en avant-dernière position, de manière à avoir été exposé aux réponses volontairement fausses des compères.
La réponse étant évidente, les sujets ne font aucune erreur lorsque la question leur est posée alors qu'ils sont seuls.
Mais dans la situation précédemment décrite, on relève un pourcentage d'erreur de 36.8% et seuls 24% des sujets répondent juste à toutes les présentations.
Cette expérience permet de mettre en évidence l'influence du groupe sur l'individu, celui-ci par conformisme étant poussé à déclarer des réponses erronées alors que la solution est évidente. Il apparaît ainsi que face à une majorité, l'individu subit un fort stress à l'idée de se retrouver seul face à un groupe faisant l'unanimité contre lui. Un échappatoire, qui ne peut être valable dans le cas de cette expérience, consiste pour l'individu en situation d'opposition face à un groupe, à faire valoir l'idée que plusieurs réponses pourraient être possibles, induisant ainsi la nécessité d'une certaine créativité.
Dans son livre "soumission à l'autorité", Stanley Milgram démontre aussi la puissante influence que peut exercer une autorité sur un sujet.
II/ L'importance accordée au consensus :
Un postulat fréquent dans les théories sur l'influence sociale,
veut que les individus orientent leurs propres jugements en fonction du crédit qu'ils accordent à ceux des autres. Cela est particulièrement vrai lorsque le sujet se trouve en situation d'incertitude, car n'ayant pas à sa disposition un moyen objectif pour évaluer ses jugements. Dans ce cas, il se réfèrera prioritairement aux jugements des membres de son groupe.
D'une manière générale, le groupe cherchera à développer une situation de consensus, qui, s'il n'est pas atteint, donnera lieu à des communications de nature persuasive adressées aux membres réfractaires.
On risque ainsi d'arriver à une situation ou l'ensemble d'un groupe se trompe, après avoir eu l'impression subjective d'avoir émis un jugement valide, puisqu'ayant fait l'objet d'un consensus.
Le corollaire de ce mécanisme, est que la certitude s'accroît avec le degré du consensus.
III/ L'importance de la source :
La dynamique d'influence sociale dépend pour partie du rapport existant entre la cible d'influence et la source de celle-ci (autorité hiérarchique; pression illégale, etc...)
Influences normatives et informationnelles :
Selon Deusch et Gerard, l'influence normative naît du désir du sujet de gagner l'approbation d'autrui, ce qu'il espère obtenir en se conformant aux normes de ce dernier. L'influence informationnelle est en oeuvre lorsqu'un sujet recherchant un jugement le plus proche possible d'une réalité supposée, se réfère aux jugements d'une source à laquelle il accorde plus de crédit qu'à lui-même.
Le pouvoir social :
French et Raven ont élaboré un modèle du pouvoir distinguant 5 modalités d'emprise
d'une source sur sa cible :
[indent]- Le pouvoir référentiel : la cible cherche à s'identifier à la source.
- Le pouvoir de coercition : la cible risque une punition de la part de la
source.
- Le pouvoir légitime : il existe dans les structures hiérarchiques,
dans lesquelles une cible a pour rôle d'accepter les injonctions de la source.
- Le pouvoir d'expertise : la cible estime que la source est plus compétente et se rallie à sa volonté.
- Le pouvoir de récompense : la cible espère une récompense de la part de la source. [/indent]
Complaisance, intériorisation et identification :
Kelman distingue trois processus d'influence, en fonction de la longévité et de la stabilité des changements induits :
[indent]- La complaisance se développe lorsque la cible se conforme à la
source pour éviter actions coercitives. Cette forme d'influence ne dure que tant la source est en mesure de maintenir son emprise.
- L'intériorisation est la forme la plus aboutie de l'influence, la cible reconnaît les vertus de la source, intériorise ses qualités et l'influence de cette dernière se poursuit alors que les interactions n'ont plus lieu.
- L'identification, naît du désir de la cible d'être reconnue par la source, qu'elle estime. [/indent]
IV/ Catégorisation sociale et influence sociale :
Le processus de catégorisation sociale implique que la cible d'influence et la source fassent partie d'une catégorie sociale semblable ou différente et qu'elles aient conscience de ce fait, ainsi que des caractéristiques de leurs catégories respectives.
Ceci étant, les cibles intérioriseront naturellement les caractéristiques de la catégorie dont elles s'estiment membre, tandis qu'elles repousseront celles provenant de sources extérieures à leur catégorie, a fortiori si elles sont en opposition particulière avec celle-ci.
Selon cette théorie, nous obtiendrons une influence maximale lorsque la source est tout particulièrement estimée par la cible et qu'elle provient du même groupe social.
Selon Moscovici (1979), toute source peut influencer sa cible au travers du conflit qu'elle génère au sein de l'interaction sociale. Ceci implique qu'une minorité a la possibilité d'influencer une majorité.
La création du conflit :
Les comportements et attitudes propres à une catégorie sociale sont des outils lui permettant de créer un conflit. L'efficacité de ces outils dépend de leur consistance.
Nous distinguerons la consistance synchronique, qui dépend du consensus en provenance de la source et la consistance diachronique, c'est-à-dire la persistance dans le temps des mêmes réponses,
revendications et attitudes.
La gestion du conflit :
Lors d'un conflit impliquant une minorité et une majorité, un processus de comparaison sociale se met en place, la cible jugeant ses propres positions à l'aune de celles de la source. Si celle-ci est dans une position socialement dominante, elle bénéficiera d'une certaine influence, pouvant toutefois n'être que superficielle.
Le conflit généré par la consistance du style de la minorité pourra perdurer tant que celle-ci ne se verra pas reconnue par la majorité. A force, la majorité est susceptible de se livrer à un examen de conscience et à la prise en considération des positions adverses, ce qui déclenche un processus de validation (Moscovici) : cela peut donner lieu à l'innovation. Ceci est valable même si manifestement, la majorité semble rejeter les positions de la minorité.
Influence minoritaire et dissociation :
Lorsqu'une source de plus bas statut que sa cible cherche à influencer cette dernière, elle doit réussir à dissocier le rapport de comparaison sociale du processus d'analyse de ses positions, ce pour réussir à les faire valider.
L'élaboration du conflit :
Pérez et Mugny (1993), ont mis au point une théorie de l'élaboration du conflit présentant une classification des conflits, prenant en considération les caractéristiques de la source et celle de l'objet, ou tâche sur laquelle elle agit.
Selon cette théorie, trois caractéristiques sont à prendre en considération pour étudier la source : le nombre (majorité ou minorité), l'expertise (compétence ou incompétence) et la catégorie d'appartenance (faisant partie du groupe ou en dehors de celui-ci).
Pour ce qui est de la tâche, trois types apparaissent parmi celles pour lesquelles le conflit est susceptible d'induire un changement : les tâches objectives non ambiguës (réponse évidente), les tâches d'aptitude (la réponse nécessite une certaine élaboration) et les tâches d'opinion (le conflit porte sur des attitudes, valeurs ou croyances).
Les tâches objectives seront plus susceptibles d'être influencées par l'obtention d'un consensus (le nombre), les tâches d'aptitude seront plus sensibles à l'influence d'une source jugée compétente (l'expertise), tandis que la catégorie d'appartenance sera plus particulièrement importante pour influencer les tâches dites d'opinion.
Conclusion :
Ces théories sont la plupart du temps superposables.
Au niveau individuel, il est aussi important de prendre en considération certaines capacités utiles dans les interactions sociales, telles que les compétences en communication, le charisme du leader , etc... Certaines techniques comme la synchronisation, utilisée pour établir le rapport, sont ainsi susceptibles d'influencer considérablement l'issue d'une interaction sociale, en permettant de transcender rapidement les clivages sociaux.
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