Première définition :
Nouvelle d'apparence plausible, qui se répand dans le public. Le mode
de propagation privilégié d'une rumeur est l'oralité, l'écrit
permettant de contrôler la source des propos colportés et donc d'en vérifier plus aisément le bien fondé, tout en étant un obstacle à la déformation de ceux-ci.
Tamatsu Shibutani, sociologue américain né en 1966, attribut l'origine
des rumeurs à des personnes mal informées, donnant une explication fallacieuse d'un sujet suscitant l'intérêt des gens, car d'actualité.
La rumeur peut aussi être le fait d'individus mythomanes.
L'intérêt du sujet est la source du dynamisme de la rumeur, tandis que son évolution est plus ou moins prévisible.
Gordon Willard Allport (1897-1967) et Leo Postman (1918-2004) ont ainsi déterminés trois caractéristiques des rumeurs :
1) La réduction, celles-ci devenant de plus en plus courte au fur et à mesure de sa propagation.
Sa brièveté étant un facteur facilitant sa diffusion.
2) L'accentuation, l'impact de la rumeur est préservé malgré son raccourcissement, par l'amplification des faits évoqués.
3) L'assimilation, la rumeur devant rester cohérente pour continuer à se propager et à satisfaire ceux qui la colportent.
Lorsque la rumeur repose sur une certaine réalité, ce qui n'est pas toujours le cas, plusieurs facteurs peuvent expliquer son évolution : Les peurs refoulées,
l'angoisses, les craintes et désirs individuels ou collectifs sont parmi les facteurs participant à la déformation de l'information originelle.
Enfin, d'une manière générale, le nombre de gens touchés par une rumeur sera fonction de l'importance ou du nombre des individus l'ayant en premier entendu puis répandu.
Deuxième définition :
Information invérifiée circulant parmi des gens qui tentent de donner un sens à une situation. La rumeur est parfois une première ébauche de verbalisation pour rendre intelligible l'angoisse diffuse née d'une menace présente ou à venir.
Contrairement aux informations proprement dites, la rumeur ne peut pas avoir été vérifiée, c'est là sa caractéristique première. Dans le cas contraire, la rumeur devient un fait.
La première étape pour désamorcer une rumeur ou la rendre plus opérationnelle est de la transformer en hypothèse.
La création de rumeur peut aussi être un moyen malhonnête de satisfaire son estime de soi, non pas en acquérant des vertus, mais en critiquant autrui pour se valoriser par comparaison (position "crapaud" en analyse transactionnelle).
Rumeur et commérage :
La rumeur diffère du commérage, car même si ce dernier consiste à discuter d'un individu absent d'une manière généralement péjorative, les propos tenus à son sujet peuvent inclure des faits vérifiés ce qui n'est jamais le cas d'une rumeur. De plus, le commérage porte généralement sur des faits de moindre importance et les gens ne s'y intéressent pas, ce qui limite la portée des informations échangées.
Le commérage renforce les liens sociaux entre les commères, au détriment de la cible de leur dialogue. La rumeur ne renforce pas les liens sociaux lorsqu'elle circule d'un interlocuteur à l'autre.
Le commérage peut aussi accroître la cohésion d'un groupe en renforçant son sentiment d'identité par la distinction qu'il opère entre lui et le groupe cible de ses critiques.
Rumeurs et légendes urbaines :
Si dans les deux cas il s'agit d'information non vérifiée, les légendes urbaines se présentent comme une histoire et ne prétendent donc pas être vraies tout en distillant généralement un message moralisateur. Les légendes urbaines maintiennent la cohésion sociale, en faisant de certaines valeurs une norme.
Toutefois, le caractère fluctuant des légendes urbaines peut les transformer en rumeurs car elles sont transformables et adaptables comme celles-ci.
Rumeurs, commérages et légendes urbaines sont trois types de dialogues informels.
Types de rumeurs :
Les rumeurs sont catégorisées en fonction de leurs caractéristiques, parmi lesquelles :
- Le sujet : Race, catastrophe naturelle, entreprise, politique, produit commercial, individu, etc.
- Le public, interne ou externe : S'agit-il d'une rumeur qui circule à l'intérieur d'une organisation, ou d'une rumeur ou une organisation est-elle la cible d'une rumeur extérieure ?
- Le ressenti : La rumeur véhicule-t'elle la haine, la peur, la moquerie... ?
Effets de la rumeur :
Les rumeurs peuvent avoir plusieurs types de résultat, ou contribuer à ceux-ci. Elles peuvent transformer une attitude ou entacher la réputation d'une entreprise, déclencher des mouvements sociaux, ou encore accroitre le ressentiment entre un groupe minoritaire et son groupe social d'appartenance
La rumeur modifie les croyances et par suite les comportements de plusieurs personnes ce qui peut permettre de les qualifier de faits sociaux. Lorsqu'une organisation est impactée dans son fonctionnement par la modification de l'attitude de ses membres, les effets de la rumeur peuvent ne plus être effacés, quand bien même cette dernière serait-elle contredite et reconnue comme fausse par tous ceux qui y ont cru.
Les facteurs de transmission d'une rumeur :
Plusieurs facteurs peuvent accroître la transmission d'une rumeur :
- Une situation précaire : Le doute quant à l'avenir favorise l'accueil de rumeurs portant sur celui-ci.
- L'anxiété : La rumeur peut permettre de contrecarrer l'angoisse, en apportant de fausses bonnes nouvelles qui durant quelques instants vont faire renaître l'espoir chez les communicants en leur redonnant un sentiment de contrôle sur la situation.
- L'intérêt personnel : Une rumeur est davantage écoutée lorsque son propos touche aux intérêts de l'auditeur.
- La crédibilité : Les rumeurs crédibles sont davantage relayées.
- Le manque d'information : Lorsque des employés sont maintenus dans l'ignorance, des rumeurs tendent à se propager.
- La recherche de faits : A l'intérieur d'une rumeur plus ou moins avérée, peuvent se trouver quelques faits réels. En discuter permet de les isoler.
- L'accroissement de l'estime de soi : Si la rumeur permet à un sujet ou à un groupe de renforcer son estime de soi, alors il la propagera davantage.
Les facteurs de crédibilité d'une rumeur :
- Les rumeurs qui confortent les croyances de quelqu'un sont plus susceptibles de rencontrer son écoute.
- Les rumeurs en provenance d'une source réputée crédible sont plus crues et propagées.
- La fréquence à laquelle cette rumeur est entendue.
- L'absence de contradiction apportée à une rumeur empêche celle-ci d'être stoppée.
Marge d'erreur de la rumeur :
Une rumeur est plus ou moins mal fondée. Quels sont les facteurs qui influencent cette marge d'erreur ?
- Une faible attention du sujet le conduira à transformer davantage la réalité.
- Les connaissances du sujet. Moins il maîtrise le thème, plus la rumeur sera inexacte.
- Les capacités mnésiques. La mémoire entre en jeu dans la narration des faits.
- La perception : L'ambiance était-elle favorable au moment des faits ? Peut-être y'avait-il trop de bruit, trop de lumière empêchant de bien percevoir la réalité.
- La possibilité de vérifier l'information
- Des mécanismes de groupe participent à l'élaboration d'une rumeur et déterminent son degré de précision.
- La possibilité de discuter de la rumeur permet d'éviter que celle-ci ne s'éloigne trop de la réalité.
Contrôler une rumeur :
Comment limiter l'impact d'une rumeur ?
- Diminuer l'anxiété qui affecte les sujets enclins à écouter la rumeur.
- Contredire la rumeur, en le faisant faire de préférence par une source réputée crédible.
- Réduire les possibilités de transmission.
- Diminuer les incertitudes et augmenter la part d'informations objectives dans la rumeur.
- Informer sur la situation à l'origine de la rumeur.
- Ne faire aucun commentaire sur la rumeur en espérant qu'elle cesse d'elle-même est peu efficace, le risque est important que les gens la croient davantage.
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