Approches diverses >> Définition :
Les praticiens
de ce domaine de la psychiatrie se regroupent en deux tendances principales :
- Ceux qui considèrent que la différence socioculturelle joue
un rôle minime
dans le développement d'une pathologie mentale, celle-ci restant
semblable d'un groupe à un autre. Dans ce cadre ci, l'objet de l'ethnopsychiatrie
sera limité à l'analyse du rapport du sujet à son environnement en fonction
de ses déterminants
psychiques spécifiques.
- Ceux pour qui la différence socioculturelle est fondamentale en ethnopsychiatrie
et contribue à faire de cette discipline une science à part entière,
tout en restant pluridisciplinaire. Au sein de cette tendance, nous retrouvons
des ethnologues tels que M. Mead, A. Kardiner ou R. Benedict, ainsi que G.Devereux,
psychanalyste et ethnopsychiatre.
A l'heure actuelle, T.Nathan, élève
de G. Devereux, est l'un des principaux représentant de l'ethnopsychiatrie
en France. T. Nathan considère
les modèles culturels imposés par l'environnement social du sujet
comme étant
à la base des processus d'identification successifs, formateurs de celui-ci
Bien qu'opposées, ces deux tendances doivent prendre en considération
les rapports du psychisme au culturel.
Cette question fut abordée par
M. Mauss dans son essai sur "les Rapports réels et pratiques de la
psychologie et de la sociologie"
(Sociologie et Anthropologie, 1949). F. Laplantine (1988) résume ainsi
l'équilibre
à tenir entre ces deux tendances : "Il faut éviter d'un côté une
conception monadique et délibérément antisociologique de
l'individu et de l'autre une conception réificatrice
et délibérément antipsychologique du social, double dogmatisme
qui ne peut conduire qu'à prendre parti, dans une espèce de jeu
parfaitement stérile, soit pour la
prééminence de l'individu sur la société, soit pour
la prééminence de la société
sur l'individu.
En ethnopsychanalyse, Devereux résume le dilemme entre
ces deux approches de cette façon : "Ces deux discours explicatifs,
ne peuvent et ne doivent
être tenus simultanément, ils doivent être tenus consécutivement,
l'ordre dans lequel ils sont tenus étant sans importance".
Notons
que la nature de la différence existant entre ces deux tendances n'est pas sans
rappeler celle existant en sociologie, entre les approches partant du fait social
et celles partant de l'acteur social.
Ces constatations étant établies, les questions centrales pour l'ethnopsychiatre
demeurent celles posées par H.Ellenberger, un éminent chercheur
en la matière
:
- Les maladies mentales sont-elles similaires d'un pays à l'autre ou sont-elles
le produit d'une culture spécifique ?
- Le concept même de maladie mentale peut-il être utilisé pour toutes les
cultures ?
- Si la maladie mentale est universelle, se manifeste-t'elle par des signes
et uen évolution spécifiques à un milieu socioculturel ou ethnique déterminé
?
- Quels pourraient être les facteurs sociaux responsables de l'apparition
de troubles mentaux ?
Ces questions sont fondamentales et leurs réponses conditionnent toute
enquête
épidémiologique se voulant un tant soit peu extensive.De même,
les études
importantes en la matière sont nécessairement accompagnées
d'une recherche ethnopsychiatrique préalable.
Enfin, un écueil relevé par F. Fanon dans son livre "Peau
noire et Masques blancs" (1952), consisterait à instrumentaliser
l'ethnopsychiatrie de manière à en faire l'instrument d'un impérialisme
culturel, en imposant certaines valeurs propres à une culture et censées
corriger certaines particularités propres
à une autre, alors que leurs critères et croyances respectifs sont
différents.